Assurance emprunteur : 3 changements clés au 1er septembre 2026

Mise à jour du 5 octobre 2026 — Article revu ligne à ligne sur le texte officiel de l'avis du CCSF du 26 mai 2026 (publié par la Banque de France le 24 juin 2026). Ajout des seuils d'invalidité et de la garantie décès ; correction du calendrier et de la portée de l'avis sur les exclusions pour antécédents médicaux.

Le calendrier des 3 changements

Ces mesures viennent de l'avis du Comité consultatif du secteur financier adopté le 26 mai 2026. Le CCSF y « accueille favorablement » des engagements proposés par les assureurs : aucune loi ni aucun décret ne les impose. Chaque assureur peut les appliquer dès le 1er septembre 2026 et tous doivent l'avoir fait à la date de généralisation.

ChangementDès leGénéralisation au plus tardContrats concernés
Continuité de la couverture en cas de changement d'assureur1er septembre 20261er janvier 2027Tous les contrats de prêt immobilier
Seuil des 200 000 € calculé sur les seuls crédits immobiliers1er septembre 20261er juin 2027Adhésions sans questionnaire médical (loi Lemoine)
Contrats plus lisibles : seuils d'invalidité, calcul du taux, décès de tous types1er septembre 20261er juin 2027Affaires nouvelles uniquement

Changement n°1 — Fin des « trous de garantie » quand vous changez d'assurance

La loi Lemoine permet de changer d'assurance de prêt à tout moment. Mais la transition pouvait laisser un assuré sans couverture. Cas typique relevé par le Médiateur de l'assurance : vous lancez la substitution, puis vous tombez en arrêt de travail avant qu'elle prenne effet. Si la franchise (le délai avant indemnisation, souvent 90 jours) se termine après la résiliation, l'ancien assureur refuse de payer, et le nouveau ne couvre pas un sinistre antérieur à son contrat.

Autre piège : selon l'ACPR, 85 contrats sur les 139 analysés prévoyaient l'arrêt des indemnités dès la résiliation du contrat, même pour un assuré en cours d'indemnisation.

Ce que les assureurs s'engagent désormais à faire, en écartant toute clause contraire :

  • Arrêt de travail déclaré avant la substitution (y compris pendant la franchise) : l'ancien assureur reste tenu du sinistre et de ses suites immédiates, par exemple une invalidité qui suit l'arrêt sans interruption. Vaut pour tous les contrats de prêt immobilier.
  • Vous êtes déjà indemnisé et vous changez d'assureur : l'ancien assureur continue de payer l'arrêt en cours et ses suites. Cette protection est réservée aux cas où le nouveau contrat est souscrit sans sélection médicale (périmètre loi Lemoine).
  • Décès et perte totale et irréversible d'autonomie (PTIA) : c'est l'assureur en place au jour de l'événement qui paie.
⚠️ Ce qui n'est pas réglé — Une rechute après le changement est traitée par le nouvel assureur comme un nouvel arrêt de travail, avec sa propre franchise. Les associations de consommateurs ont signalé ce risque de « double franchise » : les franchises atteignent souvent 90 jours, parfois 120 ou 180 jours, et certains contrats imposent des délais de carence allant jusqu'à 365 jours. Si vous avez un arrêt de travail récent, comparez la franchise du nouveau contrat avant de signer.

Changement n°2 — Le seuil des 200 000 € ne compte plus que les crédits immobiliers

La loi Lemoine interdit le questionnaire de santé à deux conditions cumulatives :

  • la part assurée sur l'encours cumulé de vos crédits ne dépasse pas 200 000 € par assuré ;
  • le prêt est remboursé avant vos 60 ans.

Le CCSF a constaté que la notion d'« encours cumulé » était appliquée de façon hétérogène : la plupart des assureurs ne comptaient que les crédits immobiliers, d'autres ajoutaient des crédits à la consommation ou des prêts professionnels. Les assureurs s'engagent désormais à ne retenir que les crédits immobiliers au sens du 1° de l'article L. 313-1 du Code de la consommation : acquisition, construction ou travaux d'un logement (ou d'un local mixte habitation et professionnel).

✅ Exemple — Vous empruntez 180 000 € pour votre résidence principale et remboursez un crédit auto de 25 000 €. Un assureur qui additionnait les deux arrivait à 205 000 € et pouvait vous soumettre au questionnaire de santé. Avec la nouvelle règle, seul le prêt immobilier compte : 180 000 €, vous restez dans le cadre Lemoine si votre prêt se termine avant vos 60 ans.

Changement n°3 — Invalidité et décès : des contrats plus lisibles

C'est la partie la plus concrète pour l'assuré, et la moins connue. Jusqu'ici, chaque assureur fixait ses propres seuils et sa propre méthode de calcul de l'invalidité. En mai 2025, la Cour de cassation a jugé non « claire et compréhensible » une clause invalidité qui ne permettait pas de comprendre le calcul du taux (Cass. 2e civ., 7 mai 2025, n° 23-14.896).

Des seuils d'invalidité communs à tous les assureurs

GarantieTaux d'invalidité exigé
Invalidité permanente totale (IPT)66 % ou plus
Invalidité permanente partielle (IPP)de 33 % à moins de 66 %

Ces seuils sont un plafond : un assureur peut retenir des seuils plus bas, donc plus favorables, mais pas plus élevés.

Le calcul du taux expliqué dans le contrat

Le taux d'invalidité croise deux évaluations : l'incapacité fonctionnelle (l'impact sur la vie quotidienne, mesuré selon un barème médical) et l'incapacité professionnelle. Les conditions générales devront désormais indiquer :

  • le barème de référence utilisé pour l'incapacité fonctionnelle ;
  • le tableau qui donne le taux final selon les deux incapacités ;
  • un exemple chiffré de calcul pour un assuré sinistré.

L'incapacité professionnelle sera appréciée par rapport à votre métier au moment du sinistre, et non plus par rapport à « toute activité professionnelle ». Peu de contrats retenaient encore cette approche restrictive (7 en incapacité et 15 en invalidité sur 135 analysés par l'ACPR en 2024), mais elle pouvait priver d'indemnisation un assuré incapable d'exercer son métier.

⚠️ Invalidité Sécurité sociale ≠ invalidité du contrat — La principale demande des associations, aligner les assureurs sur le classement de la Sécurité sociale, n'a pas été retenue. Vous pouvez donc être reconnu en invalidité de catégorie 2 par l'Assurance maladie et ne pas atteindre 66 % au sens de votre contrat d'assurance emprunteur. Aucun barème commun d'incapacité fonctionnelle n'a non plus été adopté.

La garantie décès couvre tous les types de décès

Certains contrats ne qualifiaient clairement ni d'accident ni de maladie un AVC, un infarctus, un malaise vagal ou une mort subite, ce qui ouvrait la porte à des refus. Les assureurs s'engagent à ce que le terme « décès » couvre les décès de tous types, accident comme maladie, y compris ces cas.

Restent applicables : les exclusions légales (comme le suicide la première année) et les exclusions prévues au contrat (sports extrêmes, activités dangereuses). Et si votre garantie décès est limitée au risque accidentel, c'est la définition de votre contrat qui s'applique.

Contrats déjà signés — Ces règles de lisibilité visent les affaires nouvelles : dès le 1er septembre 2026 chez les assureurs qui les appliquent, pour toutes les nouvelles adhésions après le 1er juin 2027. Elles ne modifient pas automatiquement un contrat en cours. Pour en bénéficier, il faut souscrire un nouveau contrat, par exemple via une substitution.
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Exclusions pour antécédents médicaux : un avis, pas une interdiction

Selon l'ACPR, 93 contrats excluaient les « états pathologiques antérieurs » (maladies dont les premiers symptômes précèdent l'adhésion), dont 24 appliquaient cette exclusion aux adhésions sans questionnaire médical, ce qui réintroduit une forme de sélection médicale que la loi Lemoine voulait supprimer.

Sur ce point, les assureurs n'ont pris aucun engagement. Les analyses juridiques divergent, et le CCSF se contente d'une position : il estime que ces clauses « ne sont pas conformes à l'objectif poursuivi par la loi Lemoine ». Ces clauses ne sont donc pas interdites et peuvent encore figurer dans des contrats.

En pratique : avant de souscrire sans questionnaire médical, cherchez dans les conditions générales une clause sur les « états pathologiques antérieurs » ou les « maladies antérieures à l'adhésion ». Si elle existe, préférez un contrat qui n'en comporte pas. En cas de refus d'indemnisation fondé sur une telle clause, l'avis du CCSF est un argument à faire valoir auprès du Médiateur de l'assurance.

Ce que ça change concrètement pour vous

Votre situationCe qu'il faut faire
Vous signez un prêt immobilier et remboursez un crédit conso ou un prêt proVérifiez que seul votre encours immobilier assuré est compté : sous 200 000 € et fin du prêt avant 60 ans, pas de questionnaire de santé
Vous voulez changer d'assurance de prêtDemandez à l'assureur s'il applique déjà les engagements CCSF (obligatoires au 1er janvier 2027) ; si vous avez un arrêt de travail récent, comparez les franchises
Vous souscrivez un nouveau contratContrôlez les seuils d'invalidité (66 % / 33 % au plus) et la définition du décès dans les conditions générales
Vous adhérez sans questionnaire médicalÉcartez les contrats qui excluent les « états pathologiques antérieurs »

Pour comparer les garanties d'un contrat de délégation avec celles de votre contrat bancaire, consultez notre guide de l'assurance de prêt immobilier.

Les chiffres du marché cités par le CCSF

  • 22,15 millions de contrats d'assurance emprunteur pour les crédits immobiliers en 2024, pour près de 7 milliards d'euros de cotisations (6,83 Md€ selon France Assureurs).
  • 496 654 demandes de substitution recensées par les banques en 2024, contre 198 530 en 2021 ; 93,91 % ont été acceptées.
  • Les adhésions sans sélection médicale représentent 38,86 % des nouveaux contrats chez les bancassureurs et 21,61 % chez les assureurs alternatifs fin 2024.
  • Un bilan de l'application de l'avis est prévu, avec un suivi des tarifs et de la sinistralité à horizon 2028.

Sources officielles

À propos de l’auteur
Laurent Scornet — Fondateur de Place des Finances

Courtier en assurances immatriculé ORIAS n°20000518 (vérifier sur orias.fr) — IAS Catégories 1, 2, 3. Basé à Marseille, j’accompagne particuliers et professionnels sur l’assurance emprunteur, la mutuelle santé, la prévoyance, le rachat de crédit et l’assurance de l’entreprise.

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