Depuis 2022, le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) impose aux banques françaises de respecter deux critères stricts pour accorder un crédit immobilier : un taux d’endettement plafonné à 35 % des revenus nets et une durée de prêt maximale de 25 ans. Ce cadre, conçu pour limiter le surendettement, montre aujourd’hui ses limites face à la diversité des situations financières des emprunteurs.
Pourquoi la règle des 35 % est remise en cause
Le seuil de 35 % calcule les charges de crédit (mensualité, assurance, autres prêts) rapportées au revenu net imposable. Un ménage gagnant 4 000 € net par mois ne peut donc consacrer plus de 1 400 € à ses remboursements. Cette mécanique uniforme ignore une réalité simple : deux ménages au même revenu n’ont pas les mêmes charges fixes, ni la même capacité réelle à absorber une mensualité.
Un cadre célibataire à Paris payant 1 500 € de loyer n’a pas la même solidité financière qu’un couple en zone rurale propriétaire sans crédit consommation. Pourtant, le ratio appliqué reste identique. Résultat : des dossiers solides sur le papier sont rejetés, tandis que d’autres, plus fragiles, passent au forceps.
Le reste à vivre, indicateur complémentaire
Le reste à vivre désigne la somme dont dispose un ménage chaque mois après paiement de toutes ses charges fixes incontournables : loyer ou mensualité, impôts, pensions, charges courantes (énergie, transport, alimentation de base). Cet indicateur reflète la capacité réelle d’épargne et de résilience face à un imprévu.
Les courtiers et les banques l’utilisent déjà en interne, sans cadre réglementaire harmonisé. Les seuils observés varient :
- Personne seule : entre 800 € et 1 000 € minimum après crédit
- Couple sans enfant : entre 1 200 € et 1 500 €
- Famille avec deux enfants : entre 1 800 € et 2 200 €
Ces montants tiennent compte du coût de la vie, du nombre de personnes au foyer et de la zone géographique.
Ce que prévoit la proposition de loi
Le texte déposé à l’Assemblée nationale propose d’autoriser les banques à dépasser le seuil de 35 % d’endettement lorsque le reste à vivre du ménage demeure supérieur à un plancher fixé par décret. Concrètement, un emprunteur à 38 % de taux d’effort pourrait obtenir son prêt si son reste à vivre prouve sa capacité à honorer la dette sans risque de défaut.
| Critère | Règle actuelle | Proposition 2026 |
|---|---|---|
| Taux d’endettement maximum | 35 % strict | 35 % avec dérogation possible |
| Reste à vivre | Optionnel, banque par banque | Critère réglementaire complémentaire |
| Profils concernés | Tous emprunteurs | Hauts revenus et patrimoines solides |
| Décision finale | HCSF | HCSF + arbitrage banque sur reste à vivre |
Quels profils en bénéficieraient
La réforme ciblerait en priorité les ménages aisés et les primo-accédants à fort revenu net. Un cadre supérieur célibataire gagnant 6 000 € par mois et souhaitant emprunter sur 22 ans pour un bien à 450 000 € peut aujourd’hui buter sur le seuil des 35 % alors que son reste à vivre dépasse largement les 2 500 €. Avec la nouvelle approche, son dossier pourrait être validé.
À l’inverse, les ménages modestes ne profiteraient pas mécaniquement de cette ouverture. Leur reste à vivre limité empêcherait toute dérogation, ce qui prolongerait leur exclusion du marché du crédit malgré la flexibilité affichée.
Les arguments des partisans et opposants
Les défenseurs du texte pointent la rigidité actuelle et son effet sur le marché immobilier. Selon les statistiques publiées par la Banque de France, le nombre de crédits immobiliers accordés est en baisse depuis 2023. Une approche plus fine permettrait selon eux de relancer le secteur sans dégrader la qualité des emprunteurs.
Les opposants, dont une partie du HCSF, redoutent un retour aux excès des années 2007-2008. Ils craignent que les banques utilisent le reste à vivre comme un argument commercial pour accorder des prêts à des ménages dont la situation se dégraderait au moindre incident (chômage, divorce, baisse d’activité).
Calendrier et probabilité d’adoption
La proposition de loi suit le parcours législatif classique : examen en commission, débats en séance, navette entre l’Assemblée et le Sénat. Aucune date d’adoption ferme n’est fixée à ce stade. L’examen pourrait s’étaler sur plusieurs mois, voire au-delà de 2026 si les amendements bloquent la procédure.
D’ici là, les emprunteurs bloqués sur le seuil des 35 % conservent des leviers : renégociation de la durée de prêt, apport complémentaire, recours au courtier pour optimiser le dossier ou appel à la délégation d’assurance emprunteur pour réduire le coût total du crédit.
FAQ
Qu’est-ce que la règle des 35 % d’endettement ?
La règle des 35 % fixée par le Haut Conseil de stabilité financière oblige les banques à plafonner les charges de crédit (mensualité plus assurance) à 35 % des revenus nets de l’emprunteur. Cette mesure entrée en vigueur en 2022 vise à prévenir le surendettement des ménages français lors de l’octroi d’un prêt immobilier.
Comment se calcule le reste à vivre ?
Le reste à vivre correspond à la somme disponible chaque mois après paiement de toutes les charges fixes : mensualité de prêt, assurance, impôts, pensions versées et charges courantes incompressibles. Il se calcule en soustrayant ces postes des revenus nets totaux du foyer. Le résultat reflète la capacité réelle à épargner et à faire face aux imprévus du quotidien.
Quel reste à vivre minimum exigent les banques ?
Les seuils varient selon la composition du foyer et la zone géographique. Pour une personne seule, on observe un plancher entre 800 et 1 000 euros par mois. Pour un couple sans enfant, le minimum s’établit autour de 1 200 à 1 500 euros. Une famille avec deux enfants doit conserver entre 1 800 et 2 200 euros après remboursement de son crédit.
Pourquoi la proposition de loi modifie-t-elle ce cadre ?
Le texte cherche à corriger l’effet d’éviction de la règle uniforme des 35 %, qui exclut des emprunteurs solides dont le reste à vivre dépasse largement les seuils prudents. Il propose d’autoriser les banques à dépasser le seuil d’endettement quand le reste à vivre justifie la capacité de remboursement, sans dégrader la stabilité financière des ménages concernés.
Quand la nouvelle règle entrerait-elle en vigueur ?
Aucune date d’entrée en vigueur n’est arrêtée. La proposition de loi doit être examinée en commission puis en séance publique à l’Assemblée nationale, avant la navette avec le Sénat et la signature des décrets d’application. Le calendrier dépend du niveau de consensus politique et des arbitrages du HCSF, qui pourrait demander des amendements substantiels avant adoption.
Combien de dossiers seraient concernés par cette réforme ?
Aucune estimation officielle n’a été publiée mais les courtiers en crédit estiment que 10 à 15 % des dossiers refusés en 2025 auraient pu être validés avec un critère reste à vivre. Le bénéfice toucherait surtout les hauts revenus, les patrimoines familiaux solides et les primo-accédants disposant d’un apport significatif et d’un emploi stable depuis plusieurs années.
Source : Magnolia



